Dry January : une mode de plus ou un vrai test utile ?
Chaque mois de janvier, c’est la même chose : pubs, posts Instagram, collègues qui jurent qu’ils « font le Dry January ». On pourrait se dire que c’est juste un défi de plus, comme les régimes express d’après-fêtes. Pourtant, derrière le hashtag, il y a une vraie question de fond : suis-je capable de passer un mois sans alcool… sans m’isoler de ma vie sociale ?
Pour beaucoup, ce n’est pas l’alcool en lui-même qui fait peur, mais ce qu’il représente : les apéros entre amis, les repas en famille, les afterworks, les anniversaires. On ne veut pas « faire la morale », ni passer pour le rabat-joie du groupe. Résultat : on continue à boire « pour faire comme tout le monde », même si, au fond, on se demande si ce n’est pas un peu trop.
Dry January, bien utilisé, n’est pas un concours de vertu. C’est un mois-test pour comprendre votre relation à l’alcool, mesurer l’impact sur votre corps, votre sommeil, votre budget, et apprendre à dire « non »… sans dire « non » à vos amis. Disons-le clairement : il est tout à fait possible de garder une vie sociale riche en buvant peu ou pas. Mais ça demande un peu de préparation.
Pourquoi l’alcool est si lié à notre vie sociale
En France, l’alcool est partout : repas de famille, pots de départ, barbecues, soirées foot, mariages, réunions d’anciens élèves. Refuser un verre, c’est parfois vu comme un acte suspect : « T’es malade ? », « T’es enceinte ? », « Oh ça va, un verre ça ne va pas te tuer. »
Pour comprendre l’intérêt du Dry January, il faut d’abord regarder le rôle de l’alcool dans nos vies :
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Il sert d’« excuse » pour se détendre : après une journée de boulot, le verre de vin ou la bière, c’est presque un rituel.
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Il fait office de « lubrifiant social » : on a l’impression d’être plus drôle, plus à l’aise, moins timide.
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Il est intégré aux codes sociaux : trinquer pour fêter une bonne nouvelle, offrir une bouteille en cadeau, « prendre un verre » comme synonyme de « se voir ».
Le problème, c’est que cette normalisation masque les excès. Les études de Santé publique France rappellent qu’au-delà de 10 verres par semaine et 2 verres par jour, avec des jours sans alcool, les risques pour la santé augmentent fortement : cancers, maladies cardiovasculaires, troubles du sommeil, anxiété… Or, beaucoup de Français dépassent ces repères sans s’en rendre compte, juste en cumulant apéros, dîners, verres « pour faire plaisir ».
Dry January : ce que ça change vraiment (et pas seulement pour le foie)
Les données britanniques, où le Dry January est très suivi, sont intéressantes. Une étude de l’Université du Sussex, menée sur des milliers de participants, a montré que :
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71 % dormaient mieux après un mois sans alcool ;
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67 % se sentaient plus énergiques ;
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58 % avaient perdu du poids ;
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57 % avaient économisé de l’argent ;
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et surtout, 80 % se sentaient plus en contrôle de leur consommation d’alcool plusieurs mois après.
Ce qui est intéressant ici, ce n’est pas l’exploit de s’abstenir 31 jours. C’est l’effet durable sur la façon de boire ensuite. Beaucoup de gens, après avoir testé un mois sans alcool, réalisent qu’ils n’ont pas besoin de boire systématiquement pour passer un bon moment. Ils gardent certaines habitudes : boire moins, ne pas boire en semaine, privilégier des boissons sans alcool, refuser certains verres sans se sentir coupables.
Mais attention : pour que ce mois serve à quelque chose, il faut le vivre comme une expérience, pas comme une punition. Et il faut s’y préparer, surtout si votre vie sociale tourne beaucoup autour des verres partagés.
La vraie peur : « je vais devenir asocial »
Quand on discute avec des gens qui hésitent à faire Dry January, l’argument revient toujours : « J’ai des anniversaires en janvier, des repas de famille, des sorties… Je ne vais pas passer le mois chez moi, non ? »
En réalité, il y a trois peurs cachées derrière cette phrase :
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La peur du jugement : on craint les remarques, les blagues, les sous-entendus.
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La peur de s’ennuyer : on associe l’ambiance de la soirée au degré d’alcool dans les verres.
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La peur de se confronter aux autres… et à soi : être lucide quand les autres sont éméchés n’est pas toujours confortable.
Prenons un exemple très concret. Sofia, 34 ans, cadre dans une agence de communication, raconte : « Je buvais surtout en soirée, jamais seule chez moi. Donc je me disais que je n’avais pas de problème. Quand j’ai fait le Dry January, je me suis rendu compte que j’acceptais presque tous les afterworks juste pour le verre de vin. Sans alcool, j’ai commencé à me demander : est-ce que j’ai vraiment envie de voir ces gens, de parler boulot jusqu’à 22h ? Résultat : j’ai sélectionné davantage… et mes soirées sont devenues plus intéressantes. »
C’est l’un des effets secondaires positifs de ce type de défi : il force à interroger la qualité de sa vie sociale, pas seulement sa quantité.
Préparer son Dry January sans disparaître de la carte
Faire un mois sans alcool ne nécessite pas un kit de survie, mais un minimum d’anticipation. Un peu comme quand on décide d’optimiser son budget : si on garde exactement les mêmes habitudes, on risque de replonger très vite.
Voici quelques leviers simples à activer avant le 1er janvier (ou avant de commencer, quel que soit le mois) :
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Prévenir son entourage : dire clairement à ses proches « Je teste un mois sans alcool, j’ai envie de voir ce que ça change pour moi » désamorce déjà beaucoup de remarques. Ce n’est pas une croisade, juste une expérience personnelle.
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Choisir ses rendez-vous : accepter les sorties qui vous font vraiment plaisir, décliner poliment celles que vous acceptiez par automatisme. Un Dry January, c’est aussi l’occasion de faire le tri dans son agenda social.
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Repérer des alternatives : regarder à l’avance les cartes des bars où vous allez. Beaucoup proposent aujourd’hui des cocktails sans alcool travaillés, des bières 0,0 %, des sodas artisanaux. Arriver avec une idée de ce que vous allez commander évite le fameux « Bon, je vais prendre comme vous… ».
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Préparer une phrase simple pour répondre aux questions : du type « Je fais un mois de pause, je teste, ça me fait du bien » ou « J’ai besoin de mieux dormir, je tente sans alcool ». Plus c’est simple, moins ça ouvre la porte au débat.
Cette préparation prend une heure ou deux, pas plus. Mais elle change la donne au moment où vous serez face au serveur ou à l’ami insistant qui « ne comprend pas ».
Dire non à l’alcool sans dire non aux autres
Le plus difficile, ce n’est pas toujours de dire non au verre. C’est de dire non aux réactions autour. Là encore, quelques techniques très pratico-pratiques peuvent éviter malaise et tensions.
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Prendre l’initiative de commander : au bar, allez au comptoir en premier et commandez une boisson sans alcool avant qu’on vous commande « une tournée de bières ». Une fois votre verre en main, la pression sociale diminue fortement.
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Rester flou… si vous le souhaitez : vous n’êtes pas obligé de détailler votre démarche. Un simple « Non merci, je bois autre chose en ce moment » suffit souvent. Ceux qui insistent trop révèlent plus leur propre malaise que le vôtre.
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Utiliser l’humour : « J’ai déjà assez de casseroles dans la vie, je garde mon foie. » ou « Si je commence, je vous tiens la conversation jusqu’à 4h du matin, et personne ne veut ça. » Une phrase légère coupe court aux commentaires lourds.
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Proposer de conduire : dire « Ce soir je conduis, donc je ne bois pas » est un argument socialement très accepté. Tant pis si, en réalité, ce n’est pas la seule raison.
Dans la plupart des groupes, après une ou deux soirées, votre nouvelle habitude devient normale. Vos proches s’habituent, vous aussi. La vraie étape, c’est surtout la première fois.
Transformer les soirées : moins de verres, plus de contenu
Un autre moyen de vivre un Dry January sans s’ennuyer, c’est de changer légèrement le contenu de vos moments sociaux. En clair : si tout tourne autour de « boire », l’ennui arrive vite quand on ne boit pas.
Quelques idées très simples, testées par des lecteurs de Ketady :
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Organiser des soirées « jeux » plutôt que « apéro debout » : jeux de société, jeux de cartes, blind tests… Quand l’attention se concentre sur une activité, le verre devient secondaire.
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Proposer des sorties en journée : balade, exposition, marché, brunch, séance de sport en groupe. L’alcool n’est plus le centre du programme.
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Faire des apéros « à thème » : découverte de boissons sans alcool (kombucha, mocktails, jus maison), dégustation de fromages, de produits locaux. On garde le côté convivial, mais on change le contenu des verres.
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Limiter la durée des soirées où l’alcool coule à flot : arriver un peu plus tard, partir un peu plus tôt. Vous profitez du cœur de la soirée, sans dériver dans les heures où tout se répète.
L’idée n’est pas de transformer toutes vos sorties en ateliers pédagogiques, mais de replacer l’alcool à sa juste place : un élément possible de la convivialité, pas son moteur obligatoire.
Et après janvier : comment ne pas repartir comme avant
Le piège classique : on tient bon tout le mois, on se félicite, puis on « rattrape » en février. Bilan : zéro changement à long terme, à part la preuve qu’on peut se priver un mois. C’est déjà ça, mais on peut mieux faire.
Pour que Dry January serve vraiment, posez-vous quelques questions très concrètes à la fin du mois :
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Comment était mon sommeil ? Plus profond, plus réparateur ?
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Mon énergie au réveil ? Moins de coups de fatigue dans la journée ?
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Mon humeur ? Plus stable, moins d’irritabilité, moins d’angoisses ?
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Mon budget ? Combien économisé sur le mois en moins de verres au bar, de bouteilles achetées ?
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Ma vie sociale ? Est-ce que certaines soirées m’ont manqué… ou pas du tout ?
Ensuite, transformez ces constats en décisions simples, par exemple :
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Garder au moins deux à trois jours par semaine sans alcool.
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Réserver l’alcool aux moments que vous jugez vraiment importants (anniversaires, grands repas), pas à tous les vendredis « par habitude ».
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Définir un nombre maximum de verres par soirée, et s’y tenir.
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Continuer à proposer des activités sociales moins centrées sur l’alcool.
Un lecteur, Karim, 42 ans, résume bien cette approche : « Avant, je buvais 3 à 4 fois par semaine, souvent sans y penser. Après mon premier Dry January, je me suis fixé une règle : jamais deux jours de suite. Ce n’est pas parfait, mais ça a divisé ma consommation par deux. Et je ne me sens pas puni. »
Et si on n’y arrive pas ? Quand le Dry January devient un signal
Tout le monde ne vit pas ce mois sans alcool de la même manière. Pour certains, c’est relativement simple. Pour d’autres, c’est un choc. Cravings forts, irritabilité, difficultés à tenir même une semaine, soirée « craquage » suivie de culpabilité…
Dans ce cas, Dry January joue un autre rôle : celui de révélateur. Non, on ne devient pas alcoolique parce qu’on a du mal à dire non pendant un mois. En revanche, avoir beaucoup de mal à réduire ou arrêter, même temporairement, peut indiquer une dépendance qui s’est installée sans qu’on la voie venir.
Si vous vous reconnaissez dans ce cas :
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Évitez l’auto-flagellation. Ce n’est pas un manque de volonté, c’est un vrai sujet de santé.
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Parlez-en à votre médecin traitant. Il ne s’agit pas forcément d’« aller en cure » ; il existe des accompagnements gradués, des consultations spécialisées, des groupes de parole, des thérapies brèves.
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Renseignez-vous sur les dispositifs d’aide anonymes (Alcool Info Service, associations locales, centres de soins d’accompagnement et de prévention en addictologie).
Demander de l’aide n’a rien d’une faiblesse. C’est justement une preuve qu’on reprend la main sur sa vie, au lieu de laisser l’alcool décider pour soi.
Faire Dry January à son échelle : tout ou rien, vraiment nécessaire ?
Pour certains, le côté « 0 goutte » pendant 31 jours est stimulant. Pour d’autres, c’est anxiogène et ça finit en échec, puis en abandon. Dans ce cas, il peut être plus pertinent de transformer l’esprit du Dry January plutôt que d’abandonner l’idée.
Quelques variantes réalistes :
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Dry January partiel : pas d’alcool en semaine, tolérance modérée le week-end (en restant dans les repères de Santé publique France).
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Objectif de réduction chiffré : si vous buvez 10 verres par semaine, viser 4 ou 5 pendant un mois, en vous concentrant sur les verres « vraiment voulus ».
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Focus sur les déclencheurs : décider par exemple de ne plus boire devant les écrans, ou de ne plus associer « stress = apéro ».
L’important n’est pas de coller à un hashtag, mais de reprendre du contrôle. Si le « tout ou rien » vous bloque, commencez par du « moins et mieux ». Vous serez déjà loin devant ceux qui ne se posent jamais la question.
Au fond, de quoi a-t-on vraiment peur ?
En parlant de Dry January avec des lecteurs, une chose revient souvent : « J’ai peur de découvrir que je ne sais plus m’amuser sans boire ». D’une certaine manière, ce mois sans alcool pose une question plus large : qu’est-ce qui fait qu’une soirée est réussie ?
Est-ce :
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Le nombre de verres vidés,
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ou la qualité des conversations,
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le plaisir d’être avec certaines personnes,
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le sentiment d’être soi-même, sans avoir besoin de se cacher derrière un verre ?
Un Dry January bien mené n’est pas un concours de pureté. C’est un observatoire. Pendant 31 jours, vous regardez votre vie sociale avec un peu plus de lucidité. Vous voyez qui respecte vos choix, qui se sent menacé, quels moments restent agréables sans alcool, lesquels deviennent soudain moins intéressants.
Et surtout, vous testez une idée simple : votre valeur en soirée ne dépend pas du degré d’alcool dans votre sang. Si certains n’aiment être avec vous que quand vous buvez, ce n’est peut-être pas votre consommation qu’il faut revoir en priorité.