Pourquoi renégocier son assurance de prêt maintenant
Vous surveillez vos courses au centime près, vous traquez les abonnements inutiles… mais avez-vous regardé du côté de votre assurance de prêt immobilier ? Dans beaucoup de dossiers, c’est là que se cachent plusieurs dizaines, voire centaines d’euros par mois.
Depuis quelques années, la loi a nettement assoupli les règles. Résultat : de nombreux emprunteurs continuent de payer une assurance bien trop chère, simplement parce qu’ils n’ont pas pris le temps (ou n’osent pas) la renégocier.
La bonne nouvelle, c’est que ce n’est ni réservé aux experts, ni forcément chronophage. En quelques semaines, on peut alléger son budget mensuel de manière très concrète, sans toucher au taux du crédit, ni rallonger la durée.
Avant de voir comment faire pas à pas, un rapide rappel sur ce qu’est réellement cette assurance et pourquoi elle pèse si lourd dans votre budget.
Assurance de prêt : de quoi parle-t-on vraiment ?
L’assurance emprunteur, c’est le contrat qui couvre la banque (et vous au passage) si vous décédez, devenez invalide, ou parfois en cas d’incapacité de travail. Dans certains cas, elle peut aussi couvrir la perte d’emploi, mais c’est plus rare et souvent très cher.
Deux points essentiels :
- La banque ne peut plus exiger que vous preniez son assurance maison tant que la nouvelle offre présente un niveau de garantie équivalent.
- L’assurance peut représenter entre 25 % et 40 % du coût total du crédit sur toute la durée. Oui, presque la moitié dans certains cas.
Autre évolution clé : depuis la loi Lemoine (2022), vous pouvez résilier votre assurance de prêt à tout moment, sans attendre une date anniversaire. Tant que vous présentez un contrat avec des garanties équivalentes, la banque est obligée de l’étudier.
En clair : vous n’êtes plus « coincé » dans l’assurance proposée au moment de la signature du prêt.
Combien pouvez-vous vraiment économiser ?
On parle souvent « d’économies », mais sans chiffres, ça reste théorique. Prenons quelques cas concrets, volontairement proches du quotidien.
Exemple 1 : couple trentenaire, primo-accédant
Julie et Mehdi, 32 et 34 ans, ont emprunté 250 000 € sur 25 ans en 2021. Ils ont accepté l’assurance de la banque sans trop regarder. Coût : environ 0,34 % du capital emprunté. Mensualité d’assurance : autour de 70 € par mois pour les deux têtes.
En passant par un assureur externe en 2024, avec un contrat équivalent, ils obtiennent un taux autour de 0,13 %. Nouvelle mensualité : 27 € environ.
- Économie mensuelle : environ 40 €
- Économie totale restante sur la durée du prêt : plus de 10 000 €
On est loin de l’abonnement Netflix ou de la box internet.
Exemple 2 : emprunteur de 45 ans, refinancement
Stéphane a 45 ans, il lui reste 17 ans de crédit sur un prêt de 300 000 €. Assurance actuelle : 0,36 % du capital, soit environ 90 € par mois.
Après étude de marché, il obtient une offre déléguée à 0,22 % avec des garanties équivalentes.
- Économie mensuelle : plus de 30 €
- Économie totale : autour de 6 000 € sur la durée restante
Pour une famille, 30 ou 50 € de plus par mois, c’est un plein d’essence, une sortie en plus avec les enfants, ou simplement un peu d’air en fin de mois.
Qui a intérêt à renégocier en priorité ?
Tout le monde peut regarder son contrat, mais certains profils ont un vrai intérêt à agir rapidement.
Vous êtes particulièrement concerné si :
- Vous avez signé votre prêt entre 2010 et 2022, avec l’assurance de la banque, sans véritable mise en concurrence.
- Votre situation de santé s’est améliorée : arrêt du tabac depuis plusieurs années, perte de poids significative, traitement terminé.
- Vous aviez été surtaxé à cause d’un risque particulier (sport, antécédent médical) qui dnes pèse plus ou moins aujourd’hui.
- Vos revenus ont augmenté et vous souhaitez renforcer certaines garanties tout en payant moins cher.
À l’inverse, si vous êtes proche de la fin de votre crédit (moins de 5 ans restants) ou si vous aviez déjà négocié une assurance très compétitive récemment, le gain sera plus limité. Mais un simple devis permet de vérifier en quelques jours.
Ce que disent les lois (sans jargon)
Trois grands textes ont changé la donne ces dernières années :
- Loi Lagarde (2010) : vous pouvez choisir une autre assurance que celle de la banque dès la signature du prêt. C’est la « délégation d’assurance ».
- Loi Hamon (2014) : possibilité de changer d’assurance dans les 12 premiers mois suivant la signature, à tout moment.
- Loi Bourquin (2018) : possibilité de résilier chaque année à la date anniversaire du contrat.
- Loi Lemoine (2022) : vous pouvez résilier votre assurance emprunteur à tout moment, sans limite de date, pour les prêts immobiliers des particuliers.
Deux autres points utiles :
- Droit à l’oubli renforcé pour certains anciens cancers et pathologies : vous n’êtes plus obligé de déclarer certaines maladies après un certain délai.
- Fin du questionnaire médical pour les prêts inférieurs à 200 000 € (par personne) lorsque le remboursement se termine avant les 60 ans de l’emprunteur.
Traduction : changer d’assurance n’a jamais été aussi accessible, y compris pour les profils plus « fragiles ».
Étape par étape : comment s’y prendre concrètement
Renégocier son assurance de prêt ressemble beaucoup à un mini-projet à la maison. Il faut suivre les étapes dans l’ordre et garder quelques dates en tête.
1. Mettre la main sur son contrat actuel
Commencez par récupérer :
- Votre contrat d’assurance emprunteur actuel (conditions générales et particulières).
- Votre tableau d’amortissement de prêt.
- Votre offre de prêt (pour les caractéristiques du crédit).
Cela vous permettra de connaître :
- Le coût mensuel actuel de l’assurance.
- La quotité assurée (100 % sur une tête, 50/50 en couple, etc.).
- Les garanties exactes (décès, PTIA, invalidité, ITT, etc.).
2. Faire jouer la concurrence
Vous pouvez :
- Passer par un comparateur en ligne spécialisé.
- Contacter un courtier en assurance de prêt.
- Demander directement des devis à plusieurs assureurs.
Demandez systématiquement :
- Un devis avec un niveau de garanties au moins équivalent à celui de votre contrat actuel.
- Un tarif précis et la répartition des garanties (décès, invalidité, etc.).
- Une fiche standardisée d’information (FSI), très utile pour comparer.
Ne regardez pas uniquement la mensualité : vérifiez les délais de carence, les franchises, et les exclusions (sport, dos, psychiques…).
3. Vérifier l’équivalence des garanties
La banque ne peut pas refuser votre nouveau contrat si les garanties sont équivalentes à celles exigées. Pour cela, elle s’appuie sur une « fiche standardisée d’information » et une « grille de critères » (obligatoire).
Concrètement, soit :
- Votre futur assureur adapte sa proposition pour coller aux exigences de la banque.
- Votre courtier vous oriente vers des contrats déjà calibrés pour votre établissement bancaire.
C’est un point clé : si les garanties ne sont pas jugées équivalentes, la banque pourra refuser, même avec un tarif plus intéressant.
4. Obtenir l’accord de principe du nouvel assureur
Une fois le devis validé, vous remplissez un questionnaire d’adhésion (simplifié, voire aucun questionnaire selon les cas depuis la loi Lemoine). L’assureur vous transmet ensuite :
- Une proposition d’assurance détaillée.
- Un certificat d’adhésion (ou de garantie).
Gardez bien ces documents, ils serviront pour la suite avec votre banque.
5. Envoyer la demande de substitution à la banque
Vous adressez à votre banque (ou à votre courtier crédit, qui transmettra) :
- Une lettre de demande de substitution d’assurance de prêt.
- Le nouveau contrat ou la proposition d’assurance.
- Les documents exigés par la banque (souvent listés sur son site).
Envoyez de préférence en recommandé avec accusé de réception ou via l’espace sécurisé de la banque si c’est possible. La banque a alors 10 jours ouvrés pour répondre.
6. Attendre la réponse… et vérifier le nouveau tableau d’amortissement
Si la banque accepte, elle édite un avenant à votre offre de prêt. Lisez-le attentivement, vérifiez :
- La nouvelle mensualité d’assurance.
- Le coût total estimé de l’assurance sur la durée restante.
- Que le taux du crédit et les autres conditions n’ont pas bougé (la banque n’a pas le droit de modifier le taux en échange de ce changement).
Une fois signé, votre nouvelle assurance prend effet à la date indiquée, et l’ancienne est automatiquement résiliée.
Les pièges à éviter absolument
Changer d’assurance peut paraître simple sur le papier, mais quelques erreurs classiques peuvent vous coûter cher.
Changer d’assurance sans vérifier les exclusions
Un contrat moins cher peut être truffé d’exclusions sur les problèmes de dos, les troubles psychiques, certains sports ou professions. Si vous êtes concerné, la fausse bonne affaire peut se transformer en absence d’indemnisation le jour où vous en avez besoin.
Résilier avant d’avoir l’accord de la banque
Ne résiliez jamais votre assurance actuelle tant que :
- La banque n’a pas formellement accepté le nouveau contrat.
- Vous n’avez pas signé l’avenant au prêt.
Vous devez être couvert en continu. Pas de « trou » d’assurance, même de quelques jours.
Accepter un contrat avec des franchises trop longues
Certains contrats affichent un bon tarif, mais ne prennent en charge l’incapacité de travail qu’au bout de 90 ou 180 jours. Si vous êtes salarié, regardez ce que prévoit déjà votre employeur en cas d’arrêt maladie, et voyez si la franchise est réellement adaptée.
Oublier de déclarer un élément de santé important
Si vous êtes encore soumis à un questionnaire de santé, répondez avec honnêteté. En cas d’omission volontaire, l’assureur pourrait refuser de vous indemniser plus tard. Mieux vaut une légère surprime que l’absence totale de couverture quand vous en avez besoin.
Questions fréquentes sur le terrain
« Ma banque va mal le prendre, non ? »
Oui, la banque perd une partie de sa marge. Non, elle n’a pas le droit de vous sanctionner. Elle ne peut pas augmenter le taux de votre crédit ni vous imposer des frais spécifiques juste parce que vous changez d’assurance (c’est encadré par la loi).
« Et si je suis en CDD, indépendant, ou avec une santé fragile ? »
Vous aurez peut-être moins de choix ou des tarifs plus élevés, mais la mise en concurrence reste possible. Certains assureurs sont plus souples que d’autres. Pour les cas médicaux complexes, un courtier spécialisé peut faire gagner beaucoup de temps.
« Changer d’assurance, ça impacte mes impôts ? »
Non, pas directement. Les cotisations d’assurance emprunteur ne sont pas déductibles de l’impôt sur le revenu (sauf cas très spécifiques, professionnels). L’impact est simple : moins de dépenses mensuelles, donc plus de marge dans votre budget.
« Ça prend combien de temps, en vrai ? »
Entre le premier devis et l’entrée en vigueur du nouveau contrat, comptez généralement entre 3 et 8 semaines, selon la réactivité de l’assureur et de la banque, et la complexité de votre dossier de santé.
Que faire de l’argent économisé ?
Vous avez gagné 30, 50, voire 80 € par mois. Vous pouvez bien sûr laisser cet argent se dissoudre dans le quotidien. Ou l’utiliser comme un mini-levier pour la suite.
Quelques pistes très terre à terre :
- Renforcer votre épargne de précaution : 50 € par mois, c’est 600 € par an de côté, sans changer votre train de vie.
- Financer des dépenses utiles : forfaits activités pour les enfants, réparations en attente, soins non remboursés.
- Rembourser plus vite votre crédit en programmant des remboursements anticipés partiels si votre banque ne facture pas (trop) de pénalités.
- Préparer un projet : petit voyage, formation professionnelle, équipement pour une activité secondaire.
L’idée n’est pas de transformer 40 € par mois en « rêve de liberté financière », mais de les faire travailler un minimum pour améliorer concrètement votre quotidien.
Par où commencer dès aujourd’hui
Si vous voulez passer de la théorie à la pratique, vous pouvez enclencher la démarche en une soirée.
- Retrouvez votre contrat d’assurance emprunteur et notez votre mensualité actuelle.
- Regardez la date de signature de votre offre de prêt (même si, avec la loi Lemoine, ce n’est plus déterminant pour la résiliation).
- Faites au moins deux à trois demandes de devis d’assurance externe (en ligne ou via un courtier).
- Comparez rapidement : montant, garanties, exclusions, délai de carence.
- Si le gain est significatif (au moins 15 à 20 € par mois pour un foyer moyen), lancez officiellement la demande de substitution auprès de votre banque.
Renégocier son assurance de prêt immobilier, ce n’est ni un sport de combat, ni un passe-temps du dimanche. C’est un levier discret mais puissant pour alléger durablement votre budget, sans rogner sur la sécurité de votre famille. Une fois fait, vous n’y penserez plus… sauf peut-être en voyant, chaque mois, ce qu’il reste de plus sur votre compte.
Aissa
